| | Extrait - Scène 05 - vers 403 à 506 - Après avoir affiché sa haine contre les Atréides et contre Ulysse, Néoptolème feint de partir. Philoctète le supplie de l'emmener. |
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Sophocle, Philoktètès traduit du grec ancien par Leconte de Lisle 
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PHILOKTÈTÈS.
Vous apportez un signe manifeste de douleur, et vous vous plaignez de même que moi. Je reconnais les mauvaises actions des Atréides et d'Odysseus. Je sais que celui-ci ne refuse à sa langue aucune parole perfide ni aucune méchanceté, et qu'il n'est point d'iniquités qu'il ne puisse commettre. Rien de ceci ne m'étonne ; [410] mais je suis surpris que le grand Aias, voyant ces choses, les ait souffertes.
NÉOPTOLÉMOS.
Il n'était plus parmi les vivants, ô Étranger. Jamais, en effet, lui vivant, je n'aurais été dépouillé de ces armes.
PHILOKTÈTÈS.
Que dis-tu ? Est-il donc mort ?
NÉOPTOLÉMOS.
Sache qu'il ne jouit plus de la lumière.
PHILOKTÈTÈS.
Malheur à moi ! Et le fils de Tydeus et cette race de Sisyphos achetée par Laertes, il n'est pas à craindre qu'ils soient morts ! C'était à eux de ne plus vivre.
NÉOPTOLÉMOS.
Certes, ils ne sont point morts, sache-le. [420] Ils fleurissent maintenant dans l'armée des Argiens.
PHILOKTÈTÈS.
Et ce vieillard qui était brave, mon ami, Nestôr le Pylien, existe-t-il ? Il avait coutume de refréner leurs mauvais desseins par ses sages conseils.
NÉOPTOLÉMOS.
Maintenant il est très-malheureux, depuis la mort de son fils Antilokhos qui était avec lui.
PHILOKTÈTÈS.
Hélas ! Tu m'annonces de tristes choses des deux hommes dont j'aurais le moins voulu apprendre la mort. Hélas ! hélas ! à quoi faut-il s'attendre, quand ceux-ci périssent et quand Odysseus [430] survit et n'est point où il fallait qu'il fût, au lieu de ceux-ci qui sont morts ?
NÉOPTOLÉMOS.
C'est un lutteur rusé ; mais, ô Philoktètès, les desseins rusés sont souvent déçus.
PHILOKTÈTÈS.
Mais, je t'en supplie, où était alors Patroklos qui était très-cher à ton père ?
NÉOPTOLÉMOS.
Lui aussi était mort. Je t'apprendrai ceci en peu de paroles : la guerre ne tue volontiers aucun homme mauvais, mais elle tue toujours les meilleurs.
PHILOKTÈTÈS.
Je l'atteste avec toi. C'est pour cela que je t'interrogerai sur cet homme méprisable, prompt de la langue et rusé. [440] Que fait-il maintenant ?
NÉOPTOLÉMOS.
Sur qui m'interroges-tu, si ce n'est sur Odysseus ?
PHILOKTÈTÈS.
Je ne parle point de lui. Mais il y avait un certain Thersitès qui se refusait à ne dire qu'une fois ce qui ne plaisait à personne. Sais-tu s'il vit encore ?
NÉOPTOLÉMOS.
Je ne l'ai pas vu. J'ai entendu dire qu'il vivait.
PHILOKTÈTÈS.
Certes, ceci devait être. Aucun méchant ne meurt en effet. Les Daimones les entourent de soins. Ceux qui sont rusés et accoutumés à mal faire, ils les rappellent volontiers du Hadès ; ceux qui sont justes et irréprochables, [450] ils ont coutume de les y envoyer. Que penser de ces choses ? Par qui seront-elles louées ? Je voudrais louer les actions des Dieux, et je trouve les Dieux eux-mêmes iniques !
NÉOPTOLÉMOS.
Pour moi, à la vérité, ô fils d'un père Oitaien, désormais je regarderai de loin Ilios et les Atréides, et je me garantirai d'eux. Puisque, là où ils sont, le pire l'emporte sur le bon, la vertu périt et le lâche est puissant, jamais je n'aimerai de tels hommes. [460] La pierreuse Skyros me suffira désormais, et je me réjouirai dans ma demeure. Maintenant je vais à ma nef. Pour toi, fils de Paias, sois heureux ! Que les Daimones te délivrent de ton mal, comme tu le désires. Nous, allons ! afin de partir dès qu'un Dieu nous accordera de naviguer heureusement.
PHILOKTÈTÈS.
Ô fils, partez-vous déjà ?
NÉOPTOLÉMOS.
Il nous faut guetter plutôt de près que de loin l'instant de la navigation.
PHILOKTÈTÈS.
Par ton père, par ta mère, ô fils, par tout ce qui t'est cher dans ta demeure, [470] je te supplie et t'implore, afin que tu ne me laisses point seul, abandonné à ces maux dont tu me vois accablé ou que tu as appris ! Mais prends-moi comme un surcroît de charge. Je sais assez la pesanteur de ce fardeau, cependant, porte-le. Ce qui est honteux est en horreur aux généreux, et ils se glorifient de ce qui est honnête. Si cela m'est refusé par toi, ton opprobre sera horrible. Si tu me sauves, ô enfant, et si je reviens vivant dans la terre Oitaienne, tu seras très-glorieusement loué.. [480] Allons ! Cette peine ne sera pas d'un jour entier. Ose, et, m'emmenant, jette-moi où tu voudras, dans la sentine, à la proue, à la poupe, là où je serai le moins à charge aux tiens. Consens ! Je t'adjure par Zeus vengeur des suppliants, ne sois point inexorable, ô fils ! Je me roule à tes genoux, bien que perclus et boiteux. Ne me laisse point, je t'en conjure, abandonné ici, loin de toute trace humaine ; mais emporte-moi, soit dans ta demeure, [490] soit dans l'Euboia de Khalkodôn. De là, la navigation ne me sera pas longue jusqu'à l'Oita, la hauteur Trakhinienne et le Sperkhios au beau cours. Rends-moi à mon père qui m'est très-cher. Je crains depuis longtemps qu'il soit mort. Souvent, en effet, par ceux qui sont venus ici, je lui ai envoyé mes supplications afin qu'il me ramenât lui-même sur une nef dans ses demeures ; mais, ou il a subi la destinée, ou ceux que j'ai envoyés, peu soucieux de mes intérêts, comme c'est la coutume, se sont hâtés vers leurs demeures. Maintenant, [500] je viens à toi pour que tu sois mon conducteur et mon messager. Sauve-moi, aie compassion, songeant combien toutes choses, prospères ou non, sont pleines de terreurs et de dangers pour les mortels. Il faut que celui qui n'est point en proie aux maux songe à les prévoir. Si quelqu'un vit heureux, alors, qu'il veille grandement, de peur de périr par son imprudence ! |  |
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Notes de MythoramaLeconte de Lisle ne traduit pas les noms propres, ou, plus précisément, il procède à une stricte translittération, c'est-à-dire à une transposition des signes de l'alphabet grec ancien dans les signes de l'alphabet français, cherchant la prononciation la plus proche. Ainsi, il n'adopte pas les transcriptions en usage aujourd'hui et reste fidèle à la prononciation grecque. De surcroît, suivant en cela le texte en grec ancien, le traducteur désigne souvent un personnage par une épithète ou des épithètes composées (un ou des mots qualifiant le héros ou le dieu par un de ses ascendants ou bien par des références plus élaborées encore). Ces choix de traduction sont précis et rigoureux, mais l'accessibilité du texte français s'en trouve réduite. Aussi, pour aider le lecteur, la plupart de ces noms, indiqués alors en noir, sont traduits : en laissant le curseur de la souris quelques instants au-dessus du mot apparaît une info-bulle indiquant l'orthographe usuelle du mot. Cliquer sur ces mots renvoie à l'encyclopédie qui donne davantage d'informations.
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