| | Extrait - Scène 02 - vers 67 à 122 - Oreste et Pylade, suivant un oracle d'Apollon, arrivent en Tauride. |
|---|
Euripide, Iphigénéia chez les Taures traduit du grec ancien par Leconte de Lisle 
|
|---|
ORESTÈS.
Vois ! regarde s'il n'y a aucun homme sur le chemin.
PYLADÈS.
Je vois, et j'examine tournant mes yeux de toutes parts.
ORESTÈS.
Pyladès, ne te semble-t-il pas que cette demeure est celle de la Déesse, [70] vers laquelle nous avons dirigé, d'Argos, notre nef par delà la mer ?
PYLADÈS.
Il me semble, Orestès. Tu dois le voir aussi.
ORESTÈS.
Et l'autel d'où ruisselle le sang Hellène ?
PYLADÈS.
Les murailles de cette demeure sont, à la vérité, rouge de sang.
ORESTÈS.
Vois-tu ces dépouilles suspendues aux corniches du Temple ?
PYLADÈS.
Ce sont les dépouilles des étrangers égorgés.
ORESTÈS.
Il te faut jeter les yeux attentivement de toutes parts. Ô Phoibos ! dans quelles embûches m'as-tu de nouveau conduit par ton oracle, depuis que j'ai vengé l'égorgement de mon père par celui de ma mère ? Perpétuellement chassé par les Érinnyes, [80] je fuis, exilé de la patrie en des courses vagabondes et sans fin. Je suis allé vers toi, et je t'ai demandé où je trouverais je terme de la fureur et des peines dont je suis assailli, errant à travers la Hellas ; et tu m'as ordonné de me rendre dans la terre Taurique où Artémis, ta sœur, a des autels ; d'enlever l'image de la Déesse que les habitants du pays disent être tombée de l'Ouranos dans ce Temple, et, l'ayant prise par ruse ou de quelque autre façon, [90] de la porter, le danger une fois passé, sur la terre des Athènaiens. Tu ne m'as rien ordonné de plus, et tu m'as dit que, cela fait, je me reposerais enfin. Et je suis venu ici, obéissant à tes paroles, sur cette terre inconnue et inhospitalière. Mais, je te je demande, Pyladès, car tu me viens en aide dans cette entreprise, que ferons-nous ? Tu vois l'escarpement des hautes murailles du Temple. Monterons-nous les degrés de la demeure, et, alors comment le ferons-nous sans être vus ? Ou bien ouvrirons-nous les portes d'airain en tirant les verrous, [100] en ce lieu dont nous ne savons rien ! Si nous sommes surpris ouvrant les portes et essayant d'entrer, nous mourrons. Au lieu de mourir, fuyons plutôt vers la nef sur laquelle nous avons navigué.
PYLADÈS.
Fuir ne peut se supporter, et nous n'y sommes pas accoutumés. L'oracle du Dieu n'est pas à mépriser non plus. Mais éloignons-nous du Temple, et cachons-nous dans les antres que la noire mer baigne de ses eaux, loin de la nef, de peur que quelqu'un, la voyant, n'en avertisse les princes de cette terre, et qu'on nous saisisse de force. [110] Quand l'œil de la nuit sombre s'ouvrira [1], nous tenterons d'enlever du temple la brillante statue, en usant de toutes nos ruses. Vois s'il y a quelque espace vide entre les triglyphes, où le corps puisse passer. Les braves, en effet, osent tout, et les lâches ne sont jamais rien. Assurément nous n'aurons pas fait une si longue route à l'aide de l'aviron pour retourner ayant atteint le but.
ORESTÈS.
Tu as bien dit. II faut faire ainsi, et nous retirer là où nous nous cacherons. [120] Le Dieu, en effet, ne peut rendre vain son propre oracle. II faut oser, car les jeunes hommes n'ont aucune excuse pour fuir le danger. |  |
|---|
Notes de MythoramaLeconte de Lisle ne traduit pas les noms propres. Ainsi, il n'adopte pas les transcriptions en usage aujourd'hui et reste fidèle à la prononciation grecque. La plupart de ces noms, indiqués alors en noir, sont traduits : en laissant le curseur de la souris quelques instants au-dessus du mot apparaît une info-bulle indiquant l'orthographe usuelle du mot. Cliquer sur ces mots renvoie à l'encyclopédie qui donne davantage d'informations.
[1] Le vers en grec ancien translittéré est le suivant : hotan de nuktos omma lugaias molêi. Il convient de le rapprocher de celui relatif au soleil (I. Taur. 194-195 ).
|
|