| | Extrait - Livre 01 - Chapitre 08 - Œnée, Méléagre, le sanglier de Calydon, Tydée, Diomèdes. |
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Apollodore l'athénien, La Bibliothèque traduit du grec ancien par Étienne Clavier 
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[1] Œnée régnoit à Calydon ; il reçut le premier de Bacchus le fruit de la vigne [1]. Ayant épousé Althée, fille de Thestius, il en eut Toxée, qu'il tua lui-même, pour avoir franchi un fossé ; il en eut ensuite Thyrée et Clymenus ; et deux filles, savoir, Gorgé qu'Andræmon épousa, et Déjanire qu'Althée eut, à ce qu'on dit, de Bacchus. Elle avoit le talent de conduire un char, et se plaisoit à tous les exercices militaires. Hercule disputa sa main au fleuve Achéloűs, en se battant contre lui.
[2] Althée eut encore d'Œnée, Méléagre, qu'on dit aussi fils de Mars. Il n'avoit que sept jours, lorsque les Parques étant venues, dirent qu'il mourroit, quand un tison qui étoit sur le brasier seroit consumé. Althée ayant entendu cela, retira le tison du feu, et le serra dans une armoire.
Méléagre parvenu à l'âge viril, étoit vaillant et invulnérable ; il mourut de la manière que je vais raconter. Œnée sacrifiant aux dieux les prémices des fruits du pays, oublia la seule Diane. La déesse irritée, envoya un sanglier terrible par sa force et par sa taille, qui ravageoit les moissons, détruisoit les troupeaux, et tuoit tous les hommes qu'il rencontroit. Œnée rassembla les plus vaillans des Grecs pour donner la chasse à ce monstre, et en promit la dépouille pour récompense à celui qui le tueroit. Ceux qui se rendirent à cette chasse, furent Méléagre, fils d'Œnée ; Dryas, fils de Mars, tous deux de Calydon ; Idas et Lyncée, fils d'Apharée, de Messène ; Castor et Pollux, fils de Jupiter et de Léda, de Lacédémone ; Thésée, fils d'Ægée, d'Athènes ; Admète, fils de Phérès, de Phère ; Céphée, et Ancée, fils de Lycurgue, de l'Arcadie ; Jason, fils d'Æson, d'Iolcos ; Iphiclès, fils d'Amphytrion, de Thèbes ; Pirithoűs, fils d'Ixion, de Larisse ; Pélée, fils d'Æaque, de Phthie ; Télamon, fils d'Æaque, de Salamine ; Eurytion, fils d'Actor, de Phthie ; Atalante, fille de Schœnée, de l'Arcadie ; Amphiaraus, fils d'Oïclée, d'Argos ; et avec eux, les fils de Thestius [2]. Œnée les traita (i) pendant neuf jours ; au dixième, Céphée et Ancée parurent dédaigner d'aller à la chasse avec une femme ; Méléagre, qui étoit déjà marié à Cléopâtre, fille d'Idas et de Marpesse, et qui désiroit néanmoins avoir des enfans d'Atalante, les força à l'admettre dans leur compagnie. Lorsqu'ils furent tous rassemblés autour du sanglier, Hyléus et Ancée furent tués par cet animal ; Pélée tua involontairement Eurytion d'un coup de flèche ; Atalante blessa la première le sanglier d'un coup de flèche dans le dos. Amphiaraüs lui perça ensuite l'œil, et Méléagre le tua enfin en le frappant au côté. Après en avoir ôté la dépouille, il la donna à Atalante ; les fils de Thestius se croyant déshonorés, si une femme avoit le prix en présence de tant d'hommes, la lui ôtèrent, disant qu'elle leur appartenoit par droit de naissance, si Méléagre ne la prenoit pas pour lui.
[3] Irrité de cela, Méléagre tua les fils de Thestius, et rendit la peau de sanglier à Atalante. Althée, chagrine de la mort de ses frères, brûla le tison fatal, et Méléagre mourut sur-le-champ.
D'autres disent que ce ne fut pas ainsi que périt Méléagre ; une dispute s'étant élevée sur la question de savoir qui avoit le premier blessé le sanglier, les fils de Thestius prétendant que c'étoit Iphiclès, il s'éleva une guerre entre les Curètes et les Calydoniens. Méléagre ayant, dans une sortie, tué quelques-uns des fils de Thestius, Althée lui donna sa malédiction. Irrité de cela, Méléagre resta dans sa maison, jusqu'à ce que les ennemis s'approchant des murs, et les habitans (ii) le suppliant de les secourir, il se laissa à peine persuader par sa femme de prendre les armes, et ayant tué les autres fils de Thestius, il périt lui-même dans le combat. Après sa mort, Althée et Cléopâtre se pendirent, et les femmes qui pleuroient à ses funérailles, furent changées en oiseaux.
[4] Althée étant morte, Œnée épousa Péribée, fille d'Hipponoüs ; suivant l'auteur de la Thébaïde [3] il l'avoit eue pour sa part du butin à la prise d'Olène. Hésiode dit qu'ayant été corrompue par Hippostrate, fils d'Amaryncée, Hipponoüs son père l'envoya d'Olène vers Œnée, et le pria de la faire transporter dans un pays éloigné de la Grèce (a).
[5] Suivant d'autres enfin, Hipponoüs apprenant que sa fille avoit été corrompue par Œnée, la lui envoya lorsqu'il s'aperçut qu'elle étoit enceinte. Œnée eut d'elle Tydée ; Pisandre dit qu'il l'avoit eu de Gorgès, sa propre fille, dont il étoit devenu amoureux par la volonté de Jupiter.
Tydée étant devenu un très-vaillant guerrier, fut obligé de s'enfuir de son pays, pour avoir tué, suivant les uns, Alcathoüs, frère d'Œnée, ou, suivant l'auteur de l'Alcmæonide, Phénée, Euryale, Hyperlaűs, Antiochès, Eumédes, Sternope, Xanthippe et Sthénélus, fils de Mélas, qui avoient conspiré contre Œnée ; ou enfin, suivant Phérécydes, pour avoir tué Olénias son propre frère. Poursuivi par Agrius à cause
de ce meurtre, il s'enfuit à Argos vers Adraste, qui lui donna en mariage sa fille Déïpyle, dont il eut Diomèdes.
Tydée étant allé au siège de Thèbes avec Adraste son beau-père, y fut tué par Mélanippe.
[6] Quant aux fils d'Agrius, Thersites, Oncheste, Prothoüs, Céleutor, Lycopée et Mélanippe, ils ôtèrent la couronne à Œnée, et la donnèrent à leur père ; et en outre, ils tenoient Œnée renfermé et le maltraitoient ; mais, quelques temps après, Diomèdes étant venu secrètement d'Argos avec un autre, les tua tous, à l'exception d'Onchestus et de Thersites, qui s'enfuirent dans le Péloponnèse. Œnée étant déjà vieux, Diomèdes mit sur le trône Andræmon qui avoit épousé la fille de ce prince et l'emmena lui-même à Argos. Ceux des fils d'Agrius qui s'étoient échappés, lui dressèrent une embuscade près de l‘endroit de l'Arcadie nommé la table de Télèphe, et y tuèrent le vieillard. Diomèdes ayant emporté son corps à Argos, l'y enterra, et donna son nom à une ville qui se nomme encore Œnoé ; et ayant épousé Ægialée, fille d'Adraste, ou, comme d'autres le disent, d'Ægialéus, il alla à la seconde guerre de Thèbes et à celle de Troyes. |  |
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Notes de l'éditeur(a) Il y a dans toutes les éditions : Ίπωόγουγ τόγ πατέρα πέμψαι πpός Οίγέα, πόρρω τής Έλλάδος ογτα έγτειλάμεγογ άποσζείλαι.Qu’Hipponoüs son père l’avoit envoyée vers Œnée qui demeuroit loin de la Grèce, le priant de l’envoyer. Tannegui Le Febvre a proposé de lire άωοχτείγαι, le chargeant de la tuer, et ce changement a été approuvé par Wesselingius, dans ses notes sur Diodore de Sicile (L.IV, C.35), et par M. Heyne, qui a même admis cette conjoncture dans le texte. Mais je crois avec Sevin, qu’il faut seulement supprimer le mot όγτα, et lire, πpός Οίγέα, πόρρω τής Έλλάδος έγτειλάμεγογ άποσζείλαι ; l’envoya vers Œnée, le priant de la faire transporter loin de la Grèce. On sait qu’il étoit ordinaire qu’on donnât les filles qui s’étoient laissées séduire à vendre dans des pays éloignés.
| Notes de MythoramaÉtienne Clavier traduit, en 1805, Apollodore du grec ancien en français. Pourtant, lorsqu'il a à traduire les noms de lieux, de héros ou de dieux, il cherche parfois la correspondance latine. Ainsi, par exemple, Héra est nommée Junon. Ce choix, très critiquable, est symptomatique de la suprématie du latin sur le grec : l'importance culturelle de l'un – tant pour le traducteur que pour le lecteur – étouffait l'autre. Le traducteur ne fait pourtant pas systématiquement ce choix ; cette relative pondération marque le début d'une époque où le grec a retrouvé ses lettres de noblesse.
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Notes relatives au français employé
Le français de la présente traduction d’Etienne Clavier est le français de 1805 et demande quelques explications face aux règles en vigueur aujourd’hui :
(i) Traita. Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), le verbe traiter a plusieurs significations ( raisonner sur, agir avec quelqu’un…) dont celle de régaler par la bonne chère.
(ii) Habitans >. Les mots en ant ou ent perdaient leur t en prenant la marque du pluriel.
Note sur le texte d’Apollodore
[1] En remerciement pour son accueil , Bacchus enseigna à Œnée l’art de la viticulture. En grec, le vin se prononce oinos d’où vient le mot œnologie.
[2] Toxée et Plexippos, oncles de Méléagre.
[3] La Thébaïde est une épopée en douze chants du poète latin Stace (Publius Papinius Statius) né en 45 apr. J-C.. Elle met en scène la lutte fratricide d'Etéocle et de Polynice pour la possession du trône de Thèbes.
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