| | Extrait - Livre 02 - Chapitre 01 - La descendance d’Inachus : Argus - Apis - Io - Ægyptus et ses fils - Danaüs et les Danaïdes - Les mariages et les massacres - Amymone - Nauplius. |
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Apollodore l'athénien, La Bibliothèque traduit du grec ancien par Étienne Clavier 
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[1] Ayant fait l'histoire de la postérité de Deucalion, je vais passer à celle d'Inachus.
Inachus, qui donna son nom au fleuve qui passe à Argos, étoit fils de l'Océan et de Téthys.
Il eut de Mélia, fille de l'Océan, deux fils, Phoronée et Ægialée ; ce dernier mourut sans enfans (i), et le pays prit de lui le nom d'Ægialée. Phoronée régna sur tout le pays qui prit, par la suite, le nom de Péloponnèse, et il eut de la nymphe Laodicé, Apis et Niobé. Apis changea en tyrannie l'autorité dont il jouissoit, et donna au Péloponnèse le nom d'Apia. Comme il étoit très-cruel (ii), Thelxion et Telchines ayant conspiré contre lui, le tuèrent ; il ne laissa point de postérité ; il fut mis dans la suite au nombre des dieux, sous le nom de Sarapis.
Niobé, la première femme mortelle avec qui Jupiter ait eu commerce, en eut un fils nommé Argus, et suivant Acusilas, un autre nommé Pélasgus, qui donna son nom aux habitans du Péloponnèse. Hésiode dit que ce dernier étoit Autochthone (iii); [2] nous en parlerons encore ailleurs [1].
Argus succéda à Phoronée, et le Péloponnèse prit de lui le nom d'Argos ; ayant épousé Evadné, fille de Strymon et de Néæra, il en eut quatre fils, Ecbasus, Piranthus, Epidaurus et Criasus qui lui succéda au trône. D'Ecbasus naquit Agénor, qui eut pour fils Argus, surnommé Panoptès ; il avoit en effet des yeux sur tout le corps. Il étoit d'une force extraordinaire. Ayant tué un taureau qui ravageoit l'Arcadie, il se revêtit de sa peau. Il combattit et tua un satyre qui faisoit beaucoup de mal aux Arcadiens et enlevoit leurs troupeaux. On dit aussi qu'ayant épié l'instant de son sommeil, il tua Echidne, fille du Tartare et de la Terre, qui enlevoit les passans. Il vengea aussi la mort d'Apis, en faisant mourir ceux qui l'avoient tué.
[3] D'argus et d'Ismène, fille du fleuve Asope, naquit Iasus qui fut, à ce qu'on dit, père d'Io. Castor, dans son Traité sur les erreurs chronogiques, et la plupart des poëtes (iv) tragiques, disent qu'elle étoit fille d'Inachus. Hésiode et Acusilas disent qu'elle étoit fille de Pirèn. Elle étoit prêtresse de Junon lorsque Jupiter la séduisit ; mais ayant été surpris par Junon avec elle il la changea, par son attouchement, en une vache blanche, et jura qu'il n'avoit eu aucun commerce avec elle. C'est pourquoi Hésiode dit que les parjures des amans n'excitent point la colère des dieux. Junon ayant demandé cette vache à Jupiter, lui donna pour gardien Argus Panoptès qui étoit fils d'Arestor, suivant Asclépiades [2] ; d'Inachus, suivant Phérécydes [3] ; d'Argus et d'Ismène, fille d'Asopus, suivant Cercops ; enfin, Acusilas dit qu'il étoit fils de la Terre. Argus l'attachoit à un olivier qui étoit dans les bois de Mycènes. Jupiter ordonna à Mercure de la lui dérober ; mais Hiérax l'ayant découvert, Mercure ne pouvant plus se cacher, tua Argus d'un coup de pierre ; c'est pourquoi on le nomme Argiphontes. Junon alors envoya un taon qui, s'attachant à la vache, la fit se jeter dans le golfe qui prit d'elle le nom d'Ionique. Elle traversa ensuite l'Illyrie, et ayant franchi le mont Hæmus, elle passa à la nage le détroit de Thrace, qu'à cause d'elle on nomme maintenant Bosphore. Elle alla ensuite dans la Scythie et dans le pays des Cimmériens ; et ayant parcouru beaucoup de pays par terre et traversé à la nage beaucoup de mers, tant de l'Europe que de l'Asie, elle arriva enfin en Egypte, où ayant repris sa première forme, elle mit au monde, près le fleuve du Nil, un fils nommé Epaphus. Les Curètes le firent disparoître à la prière de Junon, et Jupiter irrité les tua. Io se mit à la recherche de son fils, et parcourut, à cet effet, toute la Syrie, car on lui avoit appris qu'il étoit nourri par la femme du roi de Byblos. L'ayant enfin retrouvé, elle retourna en Egypte, où elle épousa Télégone qui y régnoit alors. Elle y éleva une statue à Cérès, que les Egyptiens nommoient Isis ; et elle y fut aussi adorée sous le même nom [4].
[4] Epaphus régna sur l'Egypte ; il y épousa Memphis, fille du Nil. Il bâtit une ville à laquelle il donna le nom de son épouse, et il en eut une fille nommée Libye, qui donna son nom au pays.
De Lybie et de Neptune naquirent deux fils jumeaux, Agénor et Bélus.
Agénor s'étant rendu dans la Phénicie, y régna, et y fut chef d'une nombreuse postérité ; c'est pourquoi je renverrai à un autre endroit ce que j'ai à en dire [5].
Bélus resta en Egypte, et il en fut roi ; il épousa Anchinoé, fille du Nil ; il en eut deux fils jumeaux, Ægyptus et Danaüs, et, suivant Euripides, Céphée et Phinée.
Bélus plaça Danaüs en Libye, et Ægyptus en Arabie. Ce dernier ayant soumis le pays des Mélampodes, lui donna son nom. Il eut de plusieurs femmes cinquante fils, et Danaüs eut cinquante filles. La guerre s'étant élevée entre eux quelque temps après, au sujet de leurs états, Danaüs craignant les fils d'Ægyptus, constuisit, par le conseil de Minerve, le premier vaisseau qui eût été fait ; on le nomma Pentécontore, à cause du nombre de ses filles. Il les y embarqua et s'enfuit avec elles.
Ayant abordé à Rhodes, il y érigea une statue à Minerve la Lindienne ; il se rendit de là à Argos, et Gélanor qui y régnoit alors, lui céda la couronne. Danaüs étant ainsi devenu maître du pays, donna aux habitans le noms de Danaens. Neptune ayant desséché toutes les fontaines pour se venger d'Inachus, qui avoit rendu témoignage que le pays appartenoit à Minerve, Danaüs envoyoit ses filles puiser de l'eau : Amymone, l'une d'entre elles, cherchant une fontaine, lança un trait contre un cerf, et atteignit un satyre qui dormoit : ce satyre s'éveilla, et voulut lui faire violence ; mais Neptune s'étant montré, le satyre s'enfuit ; Neptune jouit d'elle, et lui fit connoître les fontaines de Lerne.
[5] Les fils d'Ægyptus étant venus ensuite à Argos, cherchèrent à se réconcilier avec Danaüs, et lui demandèrent ses filles en mariage. Danaüs se méfiant de leurs promesses, et voulant en outre se venger de son exil, les leur promit, et les leur distribua au sort. Avant cependant de tirer au sort, il donna Hypermnestre, l'aînée de toutes à Lyncée, et Gorgophone à Protée. Ils étoient tous les deux fils d'Argyphie, reine et femme d'Ægyptus ; quant aux autres : Busiris, Encelade, Lycus et Daïphron eurent pour femme Automate, Amymone, Agavé et Scæa que Danaüs avoit eues d'Europe ( Gorgophone et Hypermenestre étoient filles d‘Eléphantis). Istrus épousa Hippodamie ; Chalcodon, Rhodie ; Agénor, Cléopâtre ; Chaitus, Astérie ; Diocorystès, Philodamie ; Alcis, Glaucé ; Alcménor, Hippoméduse ; Hippothoüs, Gorgé ; Euchénor, Iphiméduse ; Hippolyte, Rhodé. Les jeunes gens étoient fils d'une femme d'Arabie, et les filles avoient pour mère Atlantée et Phœbé, nymphes hamadryades [6]. Agaptolème obtint au sort Pirène ; Cercestes, Dorie ; Eurydamas, Phare ; Ægius, Mnestra ; Argius, Evippé ; Archélaüs, Anaxibie ; Ménachus, Nélo. Les sept garçons étoient nés d'une femme Phénicienne, et les filles avoient pour mère une Æthiopienne. On donna, à cause de la ressemblance des noms, sans tirer au sort, les filles de Memphis, aux fils de Tyria ; Clitus à Clité, Sthénélus à Sthénélé, et Chrysippus à Chryisippé. Les douze fils de la nymphe Caliande tirèrent au sort les douze filles de la Naïade Polyxo. Les fils se nommoient Euryloque, Phantès, Peristhènes, Hermus, Dryas, Potamon, Cissée, Lixus, Imbrus, Bromius, Polyctor et Chthonius. Les filles étoient Autonoé, Théano, Electre, Cléopâtre, Eurydice, Glaucippe, Anthélée, Cléodore, Pléxippe, Euroto, Stygné et Brycé. Ceux qu'Ægyptus avoit eus des Gorgones, tirèrent au sort les filles que Danaüs avoit eues de Piéria. Périphas fut marié à Actée ; Œnée à Podarcé ; Ægyptus à Dioxippe ; Métalcès à Adyle ; Lampus à Ocypèté ; Idmon à Pylargue. Les plus jeunes étoient, Idas qui épousa Hippodice ; Daiphron qui épousa Adiante : ces deux filles avoient Hersé pour mère. Pandion épousa Callidice ; Arbélus, Oimé ; Hyperbius, Celœno ; Hippocorystès, Hypéripte : les garçons étoient fils d'Hephæstine, et les filles avoient Crino pour mère.
Les mariages étant ainsi assortis, Danaüs, au repas de noces, donna à chacune de ses filles un poignard, et elle tuèrent toutes leurs époux, lorsqu'ils furent endormis, à l'exception d'Hypermnestre qui sauva Lyncée, qui lui avoit conservé sa virginité ; c'est pourquoi Danaüs la renferma. Les autres enterrèrent les têtes de leurs maris près des fontaines de Lerne, et donnèrent la sépulture à leurs corps devant la ville. Minerve et Mercure les purifièrent de ce meurtre par l'ordre de Jupiter [7].
Danaüs donna par la suite Hypermenestre à Lyncée, et maria ses autres filles à ceux qui remportèrent la victoire dans les jeux publics.
Amymone eut de Neptune Nauplius ; étant devenu très-vieux et naviguant sur mer, il plaignoit beaucoup le sort de ceux qui y perdoient la vie ; il lui arriva cependant de périr de cette manière. Avant de mourir, il épousa, suivant les tragiques, Clymène, fille de Catrée, ou Philyre, suivant celui qui a écrit les retours ; ou enfin, Hésione, comme le dit Cercops, et il en eut trois fils, Palamède, Œax et Nausimédon. |  |
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Notes de MythoramaÉtienne Clavier traduit, en 1805, Apollodore du grec ancien en français. Pourtant, lorsqu'il a à traduire les noms de lieux, de héros ou de dieux, il cherche parfois la correspondance latine. Ainsi, par exemple, Héra est nommée Junon. Ce choix, très critiquable, est symptomatique de la suprématie du latin sur le grec : l'importance culturelle de l'un – tant pour le traducteur que pour le lecteur – étouffait l'autre. Le traducteur ne fait pourtant pas systématiquement ce choix ; cette relative pondération marque le début d'une époque où le grec a retrouvé ses lettres de noblesse.
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Notes relatives au français employé
Le français du XXIe siècle ne correspond pas exactement au français du début du XIXe siècle. Outre la conjugaison des verbes qui a évoluée, l'orthographe de certains mots a changée :
(i) Enfans. Les mots en ant ou ent perdaient leur t en prenant la marque du pluriel.
(ii) Très-cruel. Ce n'est que récemment, dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française de 1935, que l'adverbe très apparaît sans trait d'union le reliant à un nom, à un participe ou à un autre adverbe.
(iii) Autochthone. Du préfixe auto et khthôn,terre.
Le Dictionnaire de l'Académie française en donne dans sa sixième édition (1832-1835), la définition suivante : terme d'Antiquité, qui est usité en parlant des Grecs, ou, d'après eux, pour désigner les premiers habitants d'un pays, et les distinguer des peuples qui sont venus s'établir dans le même lieu. Il est synonyme d'Aborigène. L'orthographe actuelle, qui abandonne le second h apparaît dans ce dictionnaire dès sa huitième édition, soit en 1935.
(iv) Poëtes. Dans le Dictionnaire critique de la langue française, Jean-François Féraud explique cette orthographe : « Anciènement on mettait le trema ou les deux points sur le 1er e de tous ces mots, Poëte, poësie, etc. et plusieurs conservent encôre cette ortographe ». Le Dictionnaire de L'Académie française adoptera l'orthographe actuelle poète dans sa huitième édition (1932-1935).
Notes sur le texte d'Apollodore
[1] La référence à Pélasgus : Biblio.III,8,1.
[2] Asclépiades de Samos est un poète Alexandrin de la première moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ. Il est l'auteur d'épigrammes.
[3] Phérécydes est un philosophe grec (600-550 avant Jésus-Christ environ) qui serait selon Theopompus le premier à avoir écrit en langue grecque au sujet de la nature et des dieux. Un de ses textes, l'Heptamychos, sur l'origine du monde, existe seulement en fragments. Il serait susceptible d'être le premier à avoir parlé de la métempsychose, une doctrine qui tient l'âme humaine pour immortelle, passant dans un autre corps, humain ou animal, après la mort.
[4] L'histoire de Io est aussi révélée par Prométhée dans le Prométhée enchaîné d'Eschyle : ( scène 06, vers 561 à 886 ).
[5] La référence à Agénor : Biblio.III,1,1 .
[6] Les nymphes hamadryades. En grec : hamadruas, de hama qui signifie avec et drusqui signifiechêne.
Ce sont des nymphes des bois qui naissent avec un arbre et meurent avec lui.
[7] Eschyle avait consacré une trilogie à l'histoire des Danaïdes. De celle-ci ne subsiste plus que la toute première tragédie, Les Suppliantes , dans laquelle les cinquante filles et leur père viennent trouver refuge à Argos afin d'échapper aux fils d'Ægyptus.
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