| | Extrait - Livre 03 - Chapitre 10 - Les Pléiades. Zeus, Léda et Tyndare. Hélène et Ménélas, Pénélope et Ulysse. |
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Apollodore l'athénien, La Bibliothèque traduit du grec ancien par Étienne Clavier 
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[1] D’Atlas et de Pléïone, fille de l’Océan, naquirent à Cyllène en Arcadie, sept filles qu’on nomme les Pléïades ; leurs noms étoient, Alcyone, Mérope, Celæno, Électre, Stérope, Taygète et Maïa.
Œnomaüs épousa Stérope, et Sisyphe épousa Mérope. Neptune coucha avec deux d’entre elles ; d’abord avec Celæno, dont il eut Lycus, qu’il plaça dans les Iles Fortunées, ensuite avec Alcyone, dont il eut une fille nommée Æthuse, et deux fils, Hyriée et Hypérénor. Æthuse étoit très-belle, et elle eut d’Apollon un fils nommé Eleuther. D’Hyriée et de la nymphe Clonie, naquirent Nyctée et Lycus ; de Nyctée et de Polyxo, naquit Antiope, qui eut de Jupiter Zéthus et Amphion. Jupiter eut des enfans de toutes les autres filles d’Atlas.
[2] Il coucha d’abord avec Maïa, l’aînée de toutes, et il en eut Mercure, dont elle accoucha à Cyllène dans une grotte. À peine au berceau, Mercure en sortit, et alla dans la Piérie, où il vola les bœufs que gardoit Apollon, et pour que leurs traces ne le fissent pas découvrir, il leur mit aux pieds des espèces de chaussures, et les emmena à Pylos : arrivé là, il en sacrifia deux et cacha les autres dans une caverne ; il fit bouillir une partie de la chair de ceux qu’il avoit sacrifiés, et la mangea ; il brûla l’autre partie, et cloua leurs peaux sur les rochers. Il retourna promptement à Cyllène, et ayant trouvé devant la porte de la grotte une tortue qui paissoit, il la vida, tendit sur son écaille des cordes qu’il fit avec les boyaux des bœufs qu’il venoit de tuer, et ayant ainsi fait une lyre, il inventa aussi le plectrum. Apollon s’étant mis à la recherche de ses bœufs, vint à Pylos, et en questionna les habitans, qui lui dirent qu’ils avoient vu un enfant qui chassoit les bœufs devant lui, mais qu’ils ne pouvoient dire où ils les avoit menés, parce qu’ils n’apercevoient aucun vestige. Apollon ayant appris, par la divination, qui étoit le voleur, alla trouver Maïa à Cyllène, et accusa Mercure de ce vol. Elle le lui montra dans ses langes ; et Apollon l’ayant emporté vers Jupiter, lui demanda ses bœufs. Jupiter lui ordonna de les rendre ; mais Mercure ne convenoit pas du vol. Cependant, voyant qu’on ne le croyoit pas, il conduisit Apollon à Pylos, et lui rendit ses bœufs. Apollon ayant entendu le son de la lyre, les lui donna en échange de cet instrument. Mercure, en les menant paître, fit un chalumeau et se lit à en jouer ; Apollon voulant aussi l’avoir, lui donna la baguette d’or qu’il avoit étant berger. Mercure prit la baguette, mais il voulut de plus qu’il lui enseigna l’art de prédire, et Apollon lui apprit la divination par le moyen des dés. Jupiter l’établit messager entre les dieux infernaux et lui.
[3] Taygéte eut de Jupiter Lacédæmon, qui donna son nom au pays. De Lacédæmon et de Sparte, fille d’Eurotas, qui étoit lui-même fils de Lelex autochthone et de la naïade Cléocharie, naquirent Amyclas et Eurydice, qu’Acrisius épousa. D’Amyclas et de Diomède, fille de Lapithus, naquirent Cynortès et Hyacinthe ; ce dernier fut aimé par Apollon, qui le tua involontairement d’un coup de disque. De Cynortès naquit Périérès qui, suivant Stésichore, épousa Gorgophone, fille de Persée, et en eut Tyndare, Icarius, Apharée et Laucippe. Apharée eut d’Arène, fille d’Œbalus, Lyncée, Idas et Pisus. Beaucoup d’autres disent qu’Idas étoit fils de Neptune. Lyncée avoit la vue si perçante, qu’il voyoit dans l’intérieur de la terre. De Leucippe et de Philodice, fille d’Inachus, naquirent deux filles, Hilaïre et Phœbé. Les Dioscures les ayant enlevées, les épousèrent ; Leucippe eut une autre fille nommée Arsinoé ; Apollon coucha avec elle, et en eut Esculape. D’autres disent qu’Esculape n’étoit point fils d’Arsinoé, fille de Leucippe, mais de Coronis, fille de Phlégyas qui habitoit la Thessalie. On dit qu’Apollon en étant devenu amoureux, obtint facilement ses faveurs ; mais comme elle l’aimoit malgré son père, elle épousa Ischys, frère de Cænée. Apollon maudit le corbeau qui lui apporta la nouvelle de ce mariage, le rendit noir de blanc qu’il étoit, et tua Coronis. Lorsqu’elle fut sur le bûcher, il enleva l’enfant dont elle étoit enceinte, et le porta à Chiron le Centaure, qui l’éleva et lui enseigna la médecine et l’art de la chasse. Esculape étant devenu habile dans la chirurgie, à laquelle il s’étoit long-temps exercé, empêchoit non-seulement beaucoup de gens de mourir, mais en ressuscitoit même qui étoient déjà morts. Ayant reçu de Minerve le sang qui avoit coulé dans les veines de la Gorgone, il se servoit de celui des veines du côté gauche pour faire périr les hommes, et celui du côté droit pour les guérir ; ce fut par ce moyen qu’il ressuscita des morts. Ceux que je trouve cités comme ayant été rendus à la vie par lui, sont : Capanée et Lycurgue, comme le dit Stésichore dans Eriphyle ; Hippolyte, suivant l’auteur des Naupactiques ; Tyndare, suivant Panyasis ; Hymenée, suivant les Orphiques ; et Glaucus, fils de Minos, suivant Mnésagoras.
[4] Jupiter craignant que les hommes apprenant d’Esculape l’art de guérir, ne se secourussent mutuellement sans avoir recours aux Dieux, le foudroya ; et Apollon, irrité de la perte de son fils, tua les Cyclopes qui avoient forgé la foudre. Jupiter alloit le précipiter dans le Tartare ; mais s’étant laissé fléchir par les prières de Latone, il lui ordonna de rester pendant un an au service d’un mortel. Apollon alla à Phéres, se mit au service d’Admète fils de Phérès, dont il garda le troupeaux pendant un an ; et il fit faire à toutes ses vaches deux veaux à chaque portée.
D’autres disent qu’Apharée et Leucippe étoient fils de Périérès, fils d’Æole, et que Périérès, dont nous parlons ici, étoit fils de Cynortas et père d’Œbalus, qui eut de Batie, nymphe Naïade, Tyndare, Hippocoon et Icarius.
[5] Hippocoon eut pour fils, Doryclée, Scæus, Enaraphorus, Eutychès, Bucolus, Lycon, Tébrus, Hippothoüs, Eurytus, Hippocorystès, Alcinus et Alcon. Hippocoon assisté de ses fils, chassa Tyndare et Icarius de Lacédémone. Ils se réfugièrent chez Thestius, à qui ils prêtèrent leur secours dans une guerre qu’il eut contre ses voisins, et Tyndare épousa Léda sa fille ; ils retournèrent à Lacédémone, lorsqu’Hercules eut tué Hippocoon et ses fils, et Tyndare y monta sur le trône.
[6] Icarius eut de Péribée, nymphe Naïade, cinq fils, Thoas, Damasippus, Imeusimus, Alétès et Périléus, et une fille nommée Pénélope, qu’Ulysse épousa.
Tyndare eut de Léda, Timandre, qu’Echémus épousa ; Clytemnestre, qui fut mariée à Agamemnon, et Philonoé, que Diane rendit immortelle.
[7] Jupiter, sous la forme d’un cygne, ayant joui de Léda, et Tyndare ayant eu commerce avec elle la même nuit, elle eut de Jupiter, Pollux et Hélène, et de Tyndare, Castor. Quelques écrivains disent qu’Hélène étoit fille de Jupiter et de Némésis, qui ayant pris toutes sortes de formes, pour se soustraire aux poursuites de Jupiter, se changea enfin en oie ; Jupiter alors prit la forme d’un cygne, jouit d’elle, et elle accoucha d’un œuf. Un berge ayant trouvé cet œuf dans les bois, le porta à Léda, qui l’enferma dans une armoire ; le terme étant arrivé, Hélène en sortit, et Léda l’éleva comme sa propre fille.
Hélène étant devenue célèbre par sa beauté, Thésée l’enleva, et la conduisit à Athènes ; Castor et Pollux ayant attaqué cette ville, tandis que Thésée étoit aux enfers, s’en emparèrent, reprirent Hélène, et emmenèrent captive Æthra, mère de Thésée.
[8] Les souverains de la Grèce se rendirent tous à Sparte, pour disputer sa main. Les pétendans étoient : Ulysse, fils de Laërte ; Diomède, fils de Tydée ; Antilocus, fils de Nestor ; Agapénor, fils d’Ancée ; Sthénélus, fils de Canapée ; Amphimachus, fils de Ctéatus ;Thalpius, fils d’Eurytus ; Mégès, fils de Phylée ; Amphilochus, fils d’Amphiaraüs ; Menesthée, fils de Pétée ; Schédius, fils d’Epistrophus ; Polyxénus, fils d’Agasthènes ; Pénélée, fils de Léïtus ; Ajax, fils d’Oïlée ; Ascalaphus et Ialménus, fils de Mars ; Eléphénor, fils de Chalcodon ; Eumélus, fils d’Admète ; Polypœtès, fils de Pirithoüs ; Léontée, fils de Coronus ; Podalire et Machaon, fils d’Iphiclus ; Ménélas, fils d’Astrée ; Ajax et Teucer, fils de Télamon ; Patrocles, fils de Ménœtius.
[9] Tyndare voyant cette foule de prétendans, craignoit, s’il en choisissoit un, que tous les autres ne se soulevassent contre lui ; Ulysse lui dit que s’il vouloit lui faire obtenir Pénélope en mariage, il lui donneroit un moyen qui préviendroit toute dissention. Tyndare ayant promis de l’aider, Ulysse lui conseilla de faire prêter à tous les prétendans le serment de défendre celui qui seroit choisi, contre tous ceux qui l’offenseroient au sujet de son mariage. Tyndare ayant fait prêter ce serment, choisit Ménélas pour l’époux de sa fille, et obtint d’Icarius Pénélope en mariage pour Ulysse. | |
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Notes de MythoramaÉtienne Clavier traduit, en 1805, Apollodore du grec ancien en français. Pourtant, lorsqu'il a à traduire les noms de lieux, de héros ou de dieux, il cherche parfois la correspondance latine. Ainsi, par exemple, Héra est nommée Junon. Ce choix, très critiquable, est symptomatique de la suprématie du latin sur le grec : l'importance culturelle de l'un – tant pour le traducteur que pour le lecteur – étouffait l'autre. Le traducteur ne fait pourtant pas systématiquement ce choix ; cette relative pondération marque le début d'une époque où le grec a retrouvé ses lettres de noblesse.
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