| | Extrait - Partie 3 : Héraclès revêt ses armes et armures : description du bouclier. Vers 122 à 324. |
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Hésiode, Le Bouclier d'Héraclès traduit du grec ancien par Leconte de Lisle 
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Ayant ainsi parlé, il lia autour de ses jambes des knèmides d'oreikhalkos blanc, illustre don de Hèphaistos ; puis il enveloppa sa poitrine d'une belle cuirasse d'or, aux ornements variés, que Pallas Athènaiè, fille de Zeus, lui avait donnée quand il se rua pour la première fois aux combats terribles. Il pendit ensuite autour de ses épaules le fer qui repousse le danger ; puis l'homme effrayant jeta sur son dos [130] le creux carquois empli de flèches vibrantes, dispensatrices de la mort silencieuse, portant à leurs pointes la mort et le deuil, longues et polies par le milieu et revêtues de plumes d'aigle noir. Puis il saisit la lance terrible, aiguë, armée d'airain ; puis il posa sur sa tête un casque d'acier, beau et bien forgé, qui s'adaptait à ses tempes et protégeait la tête du divin Hèrakles. Enfin il saisit de ses mains le bouclier aux ornements variés que [140] rien ne pouvait percer, ni rompre, admirable à voir, environné de gypse et d'ivoire blanc, éclatant d'ambre et d'or, et enlacé de cercles bleus.
Au milieu était la terreur inénarrable d'un Dragon qui regardait en arrière avec des yeux flamboyants et dont la gueule était pleine de dents blanches, féroces et implacables. Au-devant de lui volait la détestable Éris, horrible et troublant l'esprit des guerriers [150] qui osaient offrir le combat au fils de Zeus ; et les âmes de ces guerriers descendaient sous terre, dans le Hadès, et, sur la terre noire et sous l'ardent Seirios, leurs ossements pourrissaient dépouillés de chair. Là étaient figurés la Poursuite et le Retour, le Tumulte et la Terreur, et le Carnage furieux ; ici s'agitaient Éris et le Désordre ; et la Kèr terrible saisissait, ou un vivant récemment blessé, ou un autre encore sain et sauf, ou un cadavre qu'elle traînait à travers la mêlée, par les pieds. Sa robe tachée de sang humain flottait autour de ses épaules ; [160] elle regardait avec des yeux effrayants et poussait des clameurs. Là se dressaient les douze têtes affreuses de serpents inénarrables qui terrifiaient sur la terre les races de guerriers qui osaient offrir le combat au fils de Zeus ; et leurs dents grinçaient tandis que l'Amphitryôniade combattait. Et toutes ces figures merveilleuses resplendissaient, et il y avait des taches sur le dos bleu des ces dragons horribles, et leurs mâchoires étaient noires.
Et là étaient des sangliers mâles et des lions qui se regardaient entre eux, plein de fureur et désirant mordre, [170] et se jetant en foule les uns sur les autres ; et ni les uns, ni les autres ne tremblaient, et ils hérissaient leurs cous. Et déjà un grand lion gisait mort, et deux sangliers étaient privés de vie, et, de leurs corps, un sang noir ruisselait sur la terre, et ils gisaient morts, la tête renversée sous les lions féroces ; mais, des deux côtés, les sangliers mâles et les lions farouche étaient encore pleins de rage et du désir de combattre.
Et là était le combat des guerriers Lapithes, autour du roi Kaineus, de Dryas, d'Exadios, de Peirithoos, [180] de Hopleus, de Phalèros, de Prolokhos, du Titarésien Mopsos Ampykide, fleur d'Arès, et de Thèseus Aigéide, semblable aux Dieux immortels. Ils étaient d'argent et revêtus d'armes d'or. De l'autre côté, les Kentaures étaient assemblés autour du grand Pétraios, du divinateur Asbolos, d'Arktos, de Hourios, de Mimas aux crins noirs, et des deux Peukéides, Périmèdeus et Dryalos. Ils étaient d'argent et ils avaient aux mains des massues d'or. Et tous semblaient vivants [190] et ils se ruaient combattant de près avec des lances et des massues.
Et là étaient les chevaux aux pieds rapides du terrible Arès, et ils étaient d'or. Et le féroce Arès, enleveur de dépouilles, était là, la lance en main, commandant aux piétons, rouge de sang, dépouillant les guerriers encore vivants, et debout sur son char. Et auprès de lui se tenaient les spectres Deimos et Phobos, pleins du désir d'entrer dans la mêlée des hommes.
Et la dévastatrice Tritogénéia, fille de Zeus, était là, semblant vouloir s'armer pour le combat, la lance en main, le casque d'or en tête [200] et l'Aigide autour des épaules, et elle se jetait dans la rude bataille.
Et là était le chœur sacré des Dieux immortels, et au milieu d'eux, le fils de Lètô et de Zeus faisait résonner la kithare d'or. Et, devant le Pavé des Dieux, s'élevait le clair Olympos en cercles infinis autour de l'Agora bien-heureuse ; et, dans cette lutte des Dieux, les Déesses Piéride, les Muses, conduiraient le chant, et semblaient chanter harmonieusement.
Et là s'ouvrait un port de la mer indomptée, tout en étain, de forme circulaire, et semblant plein de flots. Au milieu de ce port, de nombreux [210] Dauphins semblaient nager çà et là, poursuivant les poissons ; et deux dauphins d'argent, soufflant l'eau par les narines, saisissaient les poissons muets, et ceux-ci, qui étaient d'airain, se débattaient entre leurs dents. Et un pêcheur était assis sur le rivage, les regardant et tenant un filet qu'il allait jeter.
Et là était le cavalier Perseus, fils de Danaè à la belle chevelure, ne touchant pas son bouclier des pieds, mais n'en étant pas loin ; et, par un prodige difficile à comprendre, il n'y était attaché par aucun point. Et l'illustre Boiteux des deux pieds l'avait fait [220] en or. Il avait aux pieds des sandales ailées ; et l’épée d'airain, pendant du baudrier, autour de ses épaules, était enfermée dans la gaine noire ; et il volait comme la pensée. La tête du terrible monstre Gorgô couvrait son dos, et autour, chose admirable, flottait une besace d'argent d'où pendaient des fanges étincelantes d'or. Et autour des tempes du Roi terrible était le casque d'Aidès, enveloppé de la nuit noire. Et lui-même, Perseus, fils de Danaè, semblait se hâter en s'allongeant, et derrière lui, [230] les Gorgones, insaisissables et innommables, couraient désirant le saisir ; et devant leur poursuite le bouclier d’acier clair résonnait à grand bruit. A leurs ceintures pendaient deux dragons aux sifflements aigus, qui, levant la tête et dardant leurs langues, grinçaient des dents et jetaient des regards féroces. Et sur les têtes horribles des Gorgones planait une immense terreur.
Et là des hommes combattaient, couverts d'armes guerrières. Les uns repoussaient la ruine loin de leur ville et de leurs parents ; [240] les autres accouraient promptement ; et beaucoup étaient tombés déjà, et beaucoup d'autres combattaient. Les femmes, sur les tours bien construites, poussaient des clameurs aiguës en déchirant leurs joues de leurs ongles, et elles semblaient vivantes, étant l'ouvrage illustre de Hèphaistos. Les hommes accablés de vieillesse étaient assemblés hors des portes et levaient les mains vers les Bienheureux en tremblant pour leurs enfants. Et ceux-ci combattaient, et autour d'eux les Kères noires, grinçant de leur dents blanches, [250] aux voix farouches, au visage terrible, fatales et insatiables, se disputaient ceux qui tombaient, et toutes désiraient boire le sang noir et saisir le premier qui tomberait blessé. Et elles étendaient leurs grands ongles sur lui, afin d'emporter l'âme dans le Hadès et vers le Tartaros glacé. Puis, afin de se rassasier de sang humain, elles rejetaient le cadavre derrière elles, et elles se ruaient de nouveau dans la mêlée.
Et là étaient aussi Klôthô et Lakhésis, et Atropos qui n'était pas une grande déesse, mais qui, certes, [260] était la plus antique et la plus puissante des trois. Et elles se disputaient affreusement un même homme, se regardant avec fureur et entrelaçant avec audace leurs mains et leurs ongles. Et près d'elles était debout Akhlys, lamentable, horrible, blême, desséchée par la faim et avec des genoux épais. Les ongles de ses mains étaient très-longs ; une odeur affreuse s'exhalait de ses narines ; et, de ses mâchoires, le sang coulait sur la terre. Elle était debout, grinçant des dents, et un tourbillon de poussière épaisse enveloppait ses épaules, et cette poussière [270] était humide de larmes.
Auprès, était une ville aux belles tours et aux sept portes d'or bien ajustées sur leurs portants. Les hommes s'y réjouiraient par les festins et les danses. Ils conduisaient, sur un char bien construit, une jeune femme à son mari ; et de tous côtés on chantait Hyménaios ; et dans les mains des servantes la splendeur des torches les précédait et des chœurs dansants les suivaient. Les uns, de leurs lèvres délicates faisaient résonner leur voix harmonieuse, en même temps que les flûtes, et le son s'en répandait au loin ; [280] les autres accompagnaient le chœur sur des kithares, et d'autres jeunes hommes se charmaient de la flûte, et d'autres se plaisaient à la danse et au chant, et d'autres souriaient de les entendre et de les voir. Et les festins et les danses emplissaient toute la ville, et des cavaliers couraient autour sur le dos des chevaux.
Et là des laboureurs ouvraient la terre divine, après avoir noué leurs tuniques. Et il y avait aussi une épaisse moisson ; et des moissonneurs coupaient les tiges hérissées de barbes aiguës [290] et lourdes des épis de Dèmètèr, et d'autres les liaient en gerbes et remplissaient l'aire. D'autres vendangeaient, ayant des serpes aux mains ; et d'autres emportaient dans les corbeilles les raisins blancs ou noirs pris aux grands ceps chargés de feuilles et aux rameaux d'argent. Auprès était une plantation en or, ouvrage de l'habile Hèphaistos, couverte de feuilles, aux échalas d'argent, [300] et chargée de grappes qui devenaient noires. Et les uns foulaient le raisin et les autres puisaient dans les cuves, et d'autres combattaient au pugilat ou à la lutte. Des chasseurs poursuivaient les lièvres aux pieds rapides, et deux chiens aux longues dents voulaient les saisir, mais les lièvres s'enfuyaient. Auprès, des cavaliers luttaient de vitesse. Debout sur leurs chars bien construits: et lâchant les rênes, ils poussaient les chevaux rapides et ceux-ci volaient bondissants, et les chars solides et les moyeux résonnaient avec bruit ; [310] et les cavaliers continuaient leur course, et la victoire ne se décidait pas, et le combat restait douteux. Au milieu de l'arène était un grand trépied d'or, ouvrage illustre de l'habile Hèphaistos.
Et l'Okéanos semblait rouler ses flots autour du bouclier aux ornements variés. Des cygnes, volant dans l'air, poussaient de hautes clameurs, et beaucoup d'autres nageaient sur la face de l'eau, et, auprès, jouaient les poissons chose merveilleuse, même pour Zeus retentissant qui avait ordonné que Hèphaistos fît ce bouclier grand et solide [320] que le vigoureux fils de Zeus saisit et agita dans ses mains, en sautant dans son char, semblable à la foudre du père Zeus tempêtueux. Et le robuste Iolaos, assis sur le siége, dirigeait le char recourbé. |  |
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Notes de MythoramaLeconte de Lisle ne traduit pas les noms propres, ou, plus précisément, il procède à une stricte translittération, c'est-à-dire à une transposition des signes de l'alphabet grec ancien dans les signes de l'alphabet français, cherchant la prononciation la plus proche. Ainsi, il n'adopte pas les transcriptions en usage aujourd'hui et reste fidèle à la prononciation grecque. De surcroît, suivant en cela le texte en grec ancien, le traducteur désigne souvent un personnage par une épithète ou des épithètes composées (un ou des mots qualifiant le héros ou le dieu par un de ses ascendants ou bien par des références plus élaborées encore). Ces choix de traduction sont précis et rigoureux, mais l'accessibilité du texte français s'en trouve réduite. Aussi, pour aider le lecteur, la plupart de ces noms, indiqués alors en noir, sont traduits : en laissant le curseur de la souris quelques instants au-dessus du mot apparaît une info-bulle indiquant l'orthographe usuelle du mot. Cliquer sur ces mots renvoie à l'encyclopédie qui donne davantage d'informations.
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